Une photo doit-elle refléter la réalité?

Chères lectrices, chers lecteurs,

un débat est persistant parmi la communauté des amateurs de photo: une photo doit-elle refléter la réalité? Nous allons aborder différentes problématiques permettant de répondre à cette question, étant entendu qu’il ne s’agit que de pistes de réflexion et non de vérités toutes faites.

  • Au départ, était le format
  • les techniques dans le ligne de mire des « puristes »
  • Un mauvaise compréhension de ce qu’est la photographie?

« Youth », par Geralt (artiste présent sur le site pixabay.com)

Au départ, était le format

J’espère avoir l’occasion de faire un jour un article ou un podcast sur l’histoire de la photographie. C’est une aventure passionnante, qui mêle histoire de l’art et évolution technologique. Depuis que la photo existe elle est soumise à un format, celui de la surface qui accueil la lumière (la pellicule fut un temps, le capteur aujourd’hui) et celui du tirage (par exemple un tirage classique en 15x10cm). Nous voyons une première différence entre la photo (même la plus primitive) et la réalité: l’œil humain ne voit pas en 4/3, 3/2 ou 16/9! Ces premières considérations font tomber un argument des partisans farouches d’une représentation stricte de la réalité: la photographie, par définition, N’EST PAS la réalité!

On peut encore avancer l’argument du rendu par le choix de la focale. Par exemple, dire que si on veut un rendu réaliste, proche de ce que voit l’œil humain, on va photographier avec un objectif de 50mm (ou 35mm en APS-C). C’est en partie vrai, en ce sens que 50mm est considéré comme étant la « distance focale la plus proche de la perception humaine », en revanche une fois le cliché tiré on se retrouve avec un rectangle (la photo), qui n’est pas la vision humaine (vous avez constaté qu’on voit en dehors de notre zone de netteté, même si c’est flou, dans la réalité, on n’est pas coupé par les bords d’un cadre).

Certes, le 50mm est adapté pour les photos de type reportage et aide à rendre un aspect « réaliste » aux clichés. Cependant, une photo reste une photo. Comme nous l’avons vu par essence la photo ne peut rendre compte de la réalité. Pour ça il y vos yeux, et c’est déjà très bien!

Les techniques dans la ligne de mire des « puristes »

Bon, faut pas être bête, on voit où se place le reproche de certains puristes. Si comme nous l’avons vu une photo ne sera jamais, par définition, la réalité, au moins peut-elle ne pas déformer ce qu’elle représente.

La photo ci-dessus (que nous devons à l’artiste Chrisparente, présent sur pixabay.com) est une prise en pose longue. Le principe est simple, il consiste à employer une durée d’obturation assez longue pour avoir un effet sur la prise de vue. Ce procédé est souvent employé pour les photo de cours d’eau, pour avoir ce rendu laiteux (et encore, j’aurais pu prendre un exemple plus extrême!). L’eau d’un ruisseau ne ressemble pas à ça, le photographe s’est donc servi d’un artifice technique pour déformer la réalité (du moins déformer la réalité telle qu’on la perçoit quand on regarde une rivière).

Beaucoup trouvent cet effet exagéré et pensent, en gros, que les rivières shootées en pose longue, c’est le mal.

La photo ci-dessus (que nous devons à l’artiste Didgeman, présent sur pixabay.com) emploie la technique de la désaturation partielle, effectuée au traitement de l’image. La désaturation partielle n’a rien de naturel. Nous pouvons généraliser la chose, certains amateurs pensent que tout traitement d’image, c’est le mal.

Ces personnes ignorent sans doute que le traitement d’image est presque aussi ancien que la photographie. L’argentique n’était pas en reste, le jeu des révélateurs permettait d’avoir une image plus ou moins contrastée, plus ou moins détaillée. Un bon labo photo pouvait réellement tirer le meilleur parti de vos pellicules, avec un savoir faire tant chimique qu’artistique.

Le traitement d’image est inévitable, il est intrinsèque à l’art photographique. Même si vous prenez vos photos en .jpeg pour les publier directement « sans retouche », elles ne seront pas entièrement naturelles, en effet elles auront subi un traitement logiciel dans votre appareil.

Ce que pointent parfois du doigt certains amateurs est l’excès d’effets spéciaux. A titre personnel je ne suis pas un grand fan de poses longues et de désaturation partielle, cependant ce n’est que mon avis. Cependant, dire « parfois on en fait trop au niveau des effets » pose un problème de taille: ou s’arrête le bon goût et où commence l’overdose? Chacun aura une réponse différente à cette question.

Une mauvaise compréhension de ce qu’est la photographie?

Vous l’aurez compris, la réponse à la question posée par l’article, « une photo doit-elle refléter la réalité? », est plutôt non. Non, par définition même de ce qu’est une photographie comme nous l’avons vu. Ce qui est intéressant dans cette question n’est pas la réponse, mais les débats qu’elle engendre. Il y a des intégristes dans tous les camps. C’est ainsi! Ces prises de position radicales (aussi bien du côté « conservateur » que « ultra-créatif ») sont je pense le signe d’une incompréhension de ce qu’est la photographie.

La photographie est une technique qui permet d’exercer un art. En ce sens, la personne qui déclenche et traite son image ensuite est maîtresse de sa création. Le tout est de travailler l’intention de ses photos, comme nous avons eu l’occasion d’en parler dans les premiers articles du blog. Etre bloqué sur le fait de savoir si la photo doit être réaliste ou pas est un non sens. Ce qui compte, c’est l’intention. Parfois cette intention est partagée, une sorte de moment de grâce, et le cliché devient un cliché qui fait le tour du monde. Parfois l’intention n’est palpable que pour le photographe. Est-ce un échec? Pas nécessairement. Déjà, il y a plus de photos ignorées que de photos qui font le tour du monde. De plus, le photographe doit s’estimer heureux quand le résultat de sa prise de vue et de son traitement est conforme à son intention. L’intention ne naît pas nécessairement à la prise de vue, elle peut venir au traitement. Ce qu’il est important de dire c’est que la photo n’est pas la réalité. Elle peut servir à montrer la réalité, c’est vrai, mais elle reste la perception et la vision du photographe.

En somme, on peut dire que la photographie se sert de la réalité, en revanche la réalité ne saurait se servir de la photographie!

N’hésitez pas à vous abonner au blog, vous recevrez pour vous souhaiter la bienvenue un petit livre, « 10 principes pour donner de la force à vos photos », qui je l’espère vous aidera à renouveler votre pratique de l’image.

Bonnes photos et à bientôt!

Julien.

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