[Tutoriel] Comment pallier la faible ouverture d’un objectif?

Chères lectrices, chers lecteurs,

l’achat d’un appareil reflex est parfois frustrante. Nous voyons les magnifiques photos réalisées par les grands portraitistes, et constatons que notre objectif livré avec l’appareil ne possède qu’une ouverture maximum de f/5.6 à la focale la plus grande. Avec une ouverture aussi peu performante, est-il possible d’obtenir le fameux et tant recherché flou d’arrière plan?

  • Plus on ouvre grand, plus on réduit la profondeur de champ, mais…
  • Jouer avec la distance entre le sujet et l’arrière plan
  • Jouer avec la distance entre le sujet et l’objectif
  • Réfléchir à son intention plutôt qu’appliquer une recette

Photo ci-dessus par 77_Fotos (artiste présent sur le site pixabay.com)

Plus on ouvre grand, plus on réduit la profondeur de champ, mais…

C’est une des premières choses qu’on apprend en photographie. Qui n’est pas revenu chez lui fier comme un bar-tabac après son premier flou d’arrière plan réussit? C’est l’effet créatif le plus populaire, un objectif livré en kit avec l’appareil ne laisse pas de choix, si on veut un peu de flou c’est ouverture maximum (f/3.5 à 18mm et f/5.6 à 55mm, typiquement). Un objectif ouvrant grand (comme un 50mm f/1.8) nécessite plus de tact dans le réglage, faute de quoi seule une portion infime du sujet sera nette (du fait de la très faible profondeur de champ à f/1.8).

Laissons de côté les objectifs à grande ouverture (la profondeur de champ dans son ensemble sera l’objet d’un article ou d’un podcast à part) et concentrons nous sur les objectifs « moins chanceux », les objectifs d’entrée de gamme vendus avec votre appareil. Pour couper court à un éventuel complexe que vous pourriez faire, non, ce ne sont pas de mauvais objectifs! On ne parle pas de bas de gamme, mais d’entrée de gamme. Un reflex entrée de gamme Nikon ou son équivalent Canon équipé d’un objectif kit 18/55 est un matériel très correcte pour faire de la photographie.

Cependant ne tournons pas non plus autour du pot, à distance focale égale et à placement objectif/sujet/arrière plan égal, un objectif kit ne va pas obtenir autant de flou d’arrière plan qu’un objectif qui ouvre à f/1.8. Heureusement pour nous, la profondeur de champ ne dépend pas que de ce paramètre!

Jouer avec la distance entre le sujet et l’arrière plan

Un flou d’arrière plan s’obtient en réduisant la profondeur de champ, c’est à dire la zone de netteté qui entoure le sujet sur lequel a été faite la mise au point. Jusqu’ici, tout va bien. Comme nous l’avons vu, plus on ouvre le diaphragme de son objectif, plus on réduit la profondeur de champ. Il existe d’autres paramètres sur lesquels jouer pour réduire la profondeur de champ, commençons par la distance entre le sujet et l’arrière plan.

Prenons le cas extrême d’un sujet adossé à un mur. La distance entre le sujet et l’arrière plan (le mur) est presque inexistante. Dans ces conditions, un flou d’arrière plan ne s’obtient qu’avec une profondeur de champ infime, donc avec une très grande ouverture. Si obtenir un flou d’arrière plan est votre objectif, commencez-donc par éloigner votre sujet de l’arrière plan (et ouvrez à fond votre diaphragme, bien entendu). Vous pouvez ainsi déplacer votre sujet à différentes distances du fond et voir l’effet sur votre photo.

Parfois me direz-vous, le sujet ne peut pas se déplacer (le sujet n’est pas nécessairement une personne!)

Jouer avec la distance entre le sujet et l’objectif

Si le sujet ne peut pas se déplacer, vous pouvez essayer de trouver un angle différent qui placera l’arrière plan le plus loin possible. Vous pouvez aussi jouer sur le troisième paramètre qui conditionne le flou d’arrière plan: la distance entre l’objectif et le sujet. Plus vous vous rapprochez du sujet, à focale égale, plus vous obtiendrez du flou en arrière plan. Avec un objectif kit 18/55, utiliser la focale maximum (55mm) et s’approcher suffisamment permet de bien isoler le sujet avec un joli flou.

La photo ci-dessus a été prise à Montreuil, et combine deux effets: l’éloignement entre le sujet (le cadenas) et l’arrière plan (le chemin), et la proximité entre l’objectif et le sujet. La photo a été prise avec mon Nikon D3300 et son objectif de base (je suis ici à 55mm de focale et à une ouverture de f/5.6, le maximum que me permettait mon appareil). Le flou est évident ici, le matériel de base n’a pas été une contrainte dans ma composition.

Réfléchir à son intention plutôt qu’appliquer une recette

Pour reprendre l’exemple de la photo du cadenas, le flou est le plus grand que je pouvais obtenir avec mon matériel. Cependant en fallait-il plus? Même en argentique (où je disposais d’un 50mm f/1.8) j’aimais contextualiser un minimum mes compositions. Je n’aurais sans doute pas ouvert au maximum avec un objectif f/1.8, en effet voir le chemin se dessiner en arrière plan fait partie intégrante de la composition. Ouvrir au maximum à f/1.8 aurait donné sans doute un flou magnifique, cependant le chemin n’aurait plus été visible.

Une nouvelle fois, votre intention sera votre guide. Ne soyez pas fainéants et n’hésitez pas à tourner autour du sujet, déplacez-vous, essayez différentes focales. Le sujet du jour est « comment pallier la faible ouverture d’un objectif ». La réponse est simple: utilisez vos jambes et votre tête. Certes dans certaines situations le matériel sera un facteur limitant, cependant en situation de portrait ou de photo de proximité, avec une bonne maîtrise de tous les paramètres et de leur influence (ouverture, distance sujet/fond, distance focale, distance objectif/sujet), vous allez venir à bout de toutes les difficultés. Ne restez pas bloqués les pieds dans le même sabot sous prétexte que votre objectif n’ouvre qu’à f/5.6 en téléobjectif. N’oubliez pas que la profondeur de champ dépend certes de l’ouverture, mais de bien d’autre paramètres comme nous l’avons vu au fil de cet article.

En complément, je vous invite à lire mon article sur l’intention photographique, que vous pouvez retrouver ici.

N’hésitez pas à vous abonner au blog, vous recevrez pour vous souhaiter la bienvenue un petit livre, « 10 principes pour donner de la force à vos photos », qui je l’espère vous aidera à renouveler votre pratique de l’image.

Bonnes photos et à bientôt!

Julien.

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